Ce que les chiffres ne disent pas d'emblée
Chaque vendredi soir, le Ministerio de Industria, Comercio y Mipymes (MICM) publie son aviso semanal de precios — le bulletin officiel des prix des carburants pour la semaine suivante. Cette semaine du 16 au 22 mai 2026, les manchettes retiennent la baisse : Gasolina Premium à 331,10 DOP/gallon, en recul de 4,40 DOP. Gasolina Regular à 305,50 DOP, en baisse de 5,00 DOP.
Mais le consommateur dominicain qui fait le plein aujourd'hui paie 26 DOP de plus par gallon de Premium qu'en mars 2026 (305,10 DOP). La baisse de cette semaine ne représente qu'une correction sur une tendance haussière de fond.
Le mécanisme de fixation des prix : la Ley 112-00
La République Dominicaine ne pratique pas la liberté totale des prix des carburants. La Ley 112-00 du 29 novembre 2000 (Ley General sobre Hidrocarburos) encadre le dispositif : les prix sont fixés chaque semaine par le MICM sur la base d'une formule qui intègre :
- Le cours international du pétrole brut WTI (West Texas Intermediate) en dollars - Le cours du Brent de la mer du Nord pour les produits raffinés - Le taux de change DOP/USD de la semaine écoulée, publié par le Banco Central (BCRD) - Les marges de distribution, de raffinage et les taxes fixées par décret
C'est ce dernier point qui explique une partie du paradoxe : le peso dominicain s'est apprécié ces dernières semaines. Le tasa de cambio est passé de 61,18 DOP/USD en mars à 59,65 DOP/USD cette semaine — un renforcement du peso de 2,5 %. Mécaniquement, cela devrait faire baisser les prix en DOP pour des produits achetés en dollars. Et c'est bien ce qui se produit à court terme.
Les trois facteurs structurels de la hausse 2026
1. La remontée du WTI depuis janvier 2026
Depuis le point bas de décembre 2025 (autour de 68 USD/baril), le WTI a progressivement remonté vers 78-82 USD/baril au cours du premier trimestre 2026. Cette remontée de +15 % environ sur le brut s'est transmise mécaniquement aux prix à la pompe dominicains avec un décalage de deux à trois semaines — le temps du cycle d'approvisionnement de la Refinería Dominicana de Petróleo (Refidomsa) et des stocks de la Corporación Dominicana de Empresas Eléctricas Estatales (CDEEE).
2. La dépendance structurelle aux importations
La République Dominicaine ne produit pas de pétrole brut. La totalité des hydrocarbures est importée — principalement des États-Unis, du Venezuela (sous régime PETROCARIBE, aujourd'hui considérablement réduit) et d'autres fournisseurs régionaux. Cette dépendance à 100 % expose le consommateur dominicain à chaque fluctuation des marchés internationaux, sans amortisseur de production nationale.
3. La structure fiscale incompressible
Les taxes et redevances intégrées dans le prix final des carburants sont fixées par décret et ne varient pas avec le cours du brut. Elles représentent une part fixe en DOP/gallon qui pèse proportionnellement plus lourd quand les prix baissent, et s'additionne à la hausse quand les cours remontent. Le ITBIS (Impuesto sobre Transferencias de Bienes Industrializados y Servicios — TVA dominicaine) et les marges réglementées constituent un plancher incompressible.
Le GLP : l'exception notable
Le Gas Licuado de Petróleo (GLP) — gaz de cuisine utilisé par la majorité des ménages dominicains — affiche une stabilité remarquable : 137,20 DOP/gallon, inchangé depuis plusieurs semaines. Cette stabilité est délibérée : le gouvernement dominicain subventionne le GLP dans le cadre d'une politique sociale explicite, protégeant les ménages les plus vulnérables dont le GLP constitue la principale source d'énergie domestique.
Tendance à moyen terme : trois scénarios
Scénario 1 — Stabilisation (probabilité : modérée) Si le WTI se consolide entre 75 et 82 USD/baril et que le peso maintient son niveau actuel, les prix pourraient se stabiliser autour de 325-335 DOP pour la Premium. Les corrections hebdomadaires resteraient limitées à ±5 DOP.
Scénario 2 — Nouvelle poussée haussière (probabilité : élevée) Une reprise de la demande mondiale — portée par la croissance chinoise et les États-Unis — combinée à des décisions de réduction de production de l'OPEP+ pourrait ramener le WTI vers 85-90 USD/baril d'ici fin 2026. Dans ce scénario, la Gasolina Premium pourrait franchir les 350 DOP/gallon — un niveau psychologiquement significatif jamais atteint en République Dominicaine.
Scénario 3 — Détente prolongée (probabilité : faible) Une récession mondiale ou une surproduction américaine (pétrole de schiste) pourrait ramener le WTI sous 70 USD. Les prix dominicains repasseraient sous 310 DOP pour la Premium. Ce scénario est jugé peu probable à court terme par les analystes.
Ce que cela signifie concrètement
Pour le résident ou l'investisseur français en République Dominicaine, la hausse des carburants a des effets en cascade souvent sous-estimés :
- Transport : les tarifs des concho (transport en commun informel) et des taxis augmentent avec un délai de 4 à 8 semaines après chaque hausse significative à la pompe - Alimentation : le coût logistique de distribution des produits alimentaires augmente — répercuté en partie sur les prix en supermarché - Énergie électrique : la CDEEE intègre le coût des carburants dans sa structure tarifaire — une hausse durable du WTI se traduit par une pression sur les tarifs d'électricité - Immobilier locatif : les charges communes des résidences avec générateur augmentent — point à négocier explicitement dans les contrats de location
Sources officielles
Cet article est basé exclusivement sur des sources primaires officielles : - MICM — Aviso Semanal de Precios semaine du 16/05/2026 (micm.gob.do) - BCRD — Tasa de cambio officielle : 59,65 DOP/USD (bancentral.gov.do) - Ley 112-00 — Ley General sobre Hidrocarburos, Gaceta Oficial No. 10070
Sylvain Maufrais est conseiller juridique et agent immobilier certifié en République Dominicaine (RNC 131313728). Cet article constitue une analyse économique informative et ne constitue pas un conseil en investissement.